Le « trouble du jeu vidéo », une nouvelle maladie ?

Le « gaming disorder » devrait être reconnu comme une pathologie à partir du mois de juin prochain. Une décision qui ne fait pas l’unanimité chez les scientifiques.

Ne pas parvenir à décrocher de sa manette de jeu vidéo s’apparente-t-il à une maladie ? Pour l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), la réponse est « oui ». Le « gaming disorder » ou « trouble du jeu vidéo » sera ajouté en juin à la 11e liste de la Classification internationale des maladies (CIM).

Attention, il ne s’agit pas de ranger tous les fans de jeux vidéos dans la catégorie des addicts, mais ceux qui sont incapables de s’arrêter sans aide, et qui s’isolent par une pratique dont ils ont perdu la maîtrise. La définition de l’OMS cible un comportement lié aux jeux vidéos qui « se caractérise par une perte de contrôle sur le jeu, une priorité croissante accordée au jeu par rapport à d’autres activités, au point qu’il prenne le pas sur d’autres centres d’intérêt » ou encore « la poursuite et l’augmentation de l’activité de jeu malgré l’apparition de conséquences négatives ».

« Envie irrépressible »

Cette définition s’inscrit dans la nouvelle conception de la notion d’addiction par les psychiatres. « On parle à présent d’addiction quand on est face à une envie irrépressible, un besoin compulsif auquel on ne peut pas résister quelles que soient les conséquences », explique le Dr Christophe Cutarella, psychiatre addictologue, membre du collège scientifique de la fondation Ramsay, Générale de Santé. Comment distinguer la pratique excessive de la pathologie ? « Ce n’est pas une question de dose, ou de quantité consommée mais de moments : quand une personne se réveille pour jouer par exemple, ou qu’elle continue à le faire alors qu’elle sait que cela va lui faire rater son train, un examen ou un rendez-vous de travail. Le jeu devient problématique quand on poursuit cette activité malgré les conséquences, comme une perte d’argent par exemple », poursuit le médecin qui traite déjà ce type d’addiction à la clinique Saint-Barnabé à Marseille. « Le problème est généralement associé à d’autres addictions et nous le prenons en charge de manière pluridisciplinaire à travers une thérapie comportementale mais aussi l’aide d’une assistante sociale. L’objectif est d’aider la personne à se réinsérer dans la vraie vie en changeant ses habitudes », poursuit le médecin pour qui le classement par l’OMS permettrait de pousser la recherche afin de disposer de davantage de données épidémiologiques, et de mener des campagnes de prévention.

Risque de tout pathologiser

Pour l’instant, il est difficile d’évaluer l’ampleur du phénomène, faute de données, voire de solidité du concept selon ses détracteurs. Une cinquantaine de scientifiques mondiaux ont écrit à l’OMS pour s’opposer au classement comme maladie et souligner les faiblesses de la base scientifique conduisant à cette conclusion et de « l’absence de consensus » sur les symptômes. « Il n’y a pas d’addiction aux jeux vidéos ! », s’insurge le psychologue et psychanalyste Yann Leroux. Le spécialiste pointe un risque de faux diagnostic : « en se focalisant sur le symptôme – une pratique à outrance du jeu vidéo chez un patient – on passera à côté de la cause, qui peut être une dépression ou des problèmes dans la famille. » Et alerte sur une nouvelle vision des addictions qui, à force de tout étiqueter conduirait à « tout pathologiser ».

Élodie Bécu

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